Un été féministe

Cet été j’ai emporté en vacances quelques livres écrits par des autrices et foncièrement féministes pour la plupart! Et vous savez quoi? Ils furent presque tous des coup de coeur!

Ici les femmes ne rêvent pas, de Rana Ahmad

Rana, dix ans, fonce sur son vélo flambant neuf. Heureuse, insouciante, choyée par son père, un vent de liberté lui caresse le visage.
Quinze jours plus tard, c’est terminé. Son vélo est donné à l’un de ses oncles. Encore quelques mois et elle devra, pour être une bonne musulmane aimée d’Allah, porter l’abaya noire sur son corps, le niqab sur son visage et le tarha sur sa tête et ses épaules. Ensuite, ses parents lui trouveront un mari et elle sera condamnée à ne plus rien faire que la cuisine, le ménage et ses cinq prières par jour. C’est la loi.
Il ne reste à Rana que ses yeux pour pleurer et contempler son monde : l’Arabie saoudite des années 2000. Mais sur ce monde, elle porte un regard impitoyable. La frustration sexuelle fabrique des obsédés et des hypocrites. L’obsession et l’hypocrisie transforment les hommes en ennemis de leurs propres sœurs, filles ou épouses. Les agressions et les violences quotidiennes donnent aux femmes l’envie de fuir. Très peu réalisent ce rêve fou.
Rana sera l’une d’elles. Elle n’a jamais oublié le vent de liberté de ses dix ans, elle est prête à tout pour le retrouver et en jouir, et, cette fois, en adulte.

Quel coup de cœur! J’ai adoré ce livre et éprouvé une grande empathie pour Rana, pour son histoire, ce qu’elle a vécu, des choses atroces, des rêves déchus et enfin une liberté qu’elle va trouver mais qui lui coûte cher…
Rana a dix ans, et son père va lui offrir un vélo. Un cadeau symbolique et très fort pour cette petite fille. Un symbole de liberté; de faire voler ses cheveux au vent, de sourire à la vie et à l’insouciance. Jusqu’au jour où elle va devoir grandir et se plier aux traditions musulmanes. Elle doit prier mais on ne lui explique pas pourquoi. Porter un voile, puis trois, sans en connaître la raison. A partir d’aujourd’hui elle ne peut plus sortir sans être accompagnée de son père ou de son mari. Car on va lui en trouver un, qu’elle le veuille ou non.
Cette vie n’en est pas une mais Rana obéit. On sent pourtant en elle déjà cette force et ce besoin de liberté, de retrouver ses dix ans et son vélo.
Je voudrais vous raconter tout le livre mais ça serait dommage. Je peux tout de même vous dire que ce récit est passionnant autant que bouleversant et tragique.
Rana va se battre constamment. Contre les codes, contre son mari, son frère, le système, la religion. Un homme pourtant sera toujours à ses côtés. Son père. On sent un immense amour entre lui et sa fille. Malgré les choix, malgré la douleur, il sera toujours là. C’est très fort et Rana l’écrit très bien.
Comme c’est indiqué sur la couverture, ce livre est le récit d’une évasion, on se doute donc qu’elle va réussir à se libérer de ces carcans, mais tout cela a un prix, et là encore j’ai éprouver une grande empathie pour Rana. J’ai eu peur avec elle, été tellement heureuse aussi lorsqu’elle réussit. Mais ce n’est pas vous spoiler que de dire ça, car au final l’important n’est pas de savoir la fin mais de connaître tout ce qu’elle a vécu, tout le chemin parcouru pour en arriver là!
Lisez ce livre!

Iris Brey théorise le regard féminin, ou female gaze, une façon de filmer les femmes sans en faire des objets, de partager la singularité des expériences féminines avec tous les spectateurs, quel que soit leur genre, et de renouveler notre manière de désirer en regardant sans voyeurisme. Des joyaux du cinéma à certaines œuvres plus confidentielles, en passant par quelques séries et films très contemporains, Iris Brey nous invite à nous interroger sur le sens caché des images.

J’ai beaucoup aimé cet essai et l’ai trouvé extrêmement riche en références cinématographiques, c’est un peu le but vous allez me dire. J’avais l’impression de me retrouver à la fac quand j’avais cours facultatif de cinéma et que notre prof nous montrait pleins d’extraits de films en les analysant de façon hyper ingénieuse et pertinentes, j’adorais ça. ET bien là c’est un peu la même chose, Iris Brey va poser le doigt sur les façons qu’ont certains réalisateurs de filmer la femme selon le point de vue de l’homme. C’est rageant parfois, mais très intéressant. J’ai un peu moins aimé la partie sur la jouissance et l’orgasme, mais sinon c’était un ouvrage vraiment abouti, et je lirai sûrement son premier livre!

Jeune adulte, aujourd’hui écrivaine, la narratrice s’interroge sur l’histoire qui l’a façonnée avec laquelle elle doit encore composer aujourd’hui. Elle se remémore les épisodes marquants de sa vie tout en questionnant ses choix les plus récents.

J’avais adoré le style d’Amandine Dhée dans La femme Brouillon et A mains nues, cette plume assez directe qui parle tout de suite et ne mâche pas ses mots. J’ai retrouvé beaucoup de nostalgie dans ces courts chapitres, des situations que je connaissais et qui me rappelaient mon enfance où mon adolescence. C’était très plaisant.

Il s’est passé de bien vilaines choses, en France, entre 2017 et 2020, avec l’arrivé au pouvoir du Parti du Cercle, émanation d’une secte féministe qui a voulu compenser quelques millénaires de domination masculine. De ces trois ans il ne reste toutefois rien : l’amnésie collective a été décidée par un référendum. On l’appelle le Grand Blanc.

En 2062, au Tribunal du Grand Paris, anciennement Stade de France, la fondatrice du Parti du Cercle va enfin être jugée. Son nom est la Sibylle. Prophétesse de métier, conseillère des déesses de l’Olympe, elle va devoir tout raconter.

Ohlala mais quel récit magistral!! J’ai adoré! C’est souvent très drôle, un peu effrayant aussi car nous sommes dans les années 2060 et que le monde a pas mal évolué, pour au final se rendre compte que certaines choses pourraient devenir réelles… Nous assistons donc au procès de la Sibylle, elle va se présenter, et présenter ses sœurs, ces femmes qui ont fait la mythologie grecque car oui, nous remontons aussi loin! Cela pour comprendre comment on en est arrivé là. Comment, en quelques mois, il s’est passé quelque chose d’assez terrible, une amnésie collective. Comment la France a t elle renoncé à tout, pour tout oublier?

Il est assez difficile de résumer plus ce livre car il se lit à plusieurs niveaux. Tout d’abord ce procès, puis la dimension mythologique et très féministe qu’apporte la Sibylle. La critique de la société est elle aussi à souligner, et Chloé Delaume trouve les mots très juste pour la décrire. J’ai cependant été un peu perturbée à la fin car une question restait sans réponse, mais en en discutant avec vous, je me suis rendu compte qu’effectivement, au final ce n’était pas ça qui importait, mais tout ce que le roman disait, et tout ce qui nous faisait reflechir. C’est un coup de coeur, et ça me donne très envie de lire et découvrir mieux la mythologique grecque du côté des femmes!

Et voilà, j’espère que ces petites chroniques sur ces romans et essais féministes vous ont plu, en tout cas moi j’ai été ravie de lire tout ça et de les apprécier!

2 commentaires

  1. Merci pour ce partage.
    Cet ètè j’ai lu variè. Mais dans la catègorie femministe il y en a deux qui m’ont marquè : le cerf volant de laetitia colombani sur la condition des femmes en Inde. Et la femmes aux miroirs de Eric Emmanuel schmitt : la condition des femmes à travers 3 portraits de femles dans 3 epoques diffèrentes : renaissance, vienne imperiale et de nos jours dans le showbiz hollywoodien. Passionant, des histoires de femmes qui vont à contre courrant de leur destin.

    Aimé par 1 personne

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