La petite danseuse de quatorze ans

Lapetitedanseuse

 

Titre: La petite danseuse de quatorze ans

Auteure: Camille Laurens

Editions Stock, 176 pages

 

Résumé

Elle est célèbre dans le monde entier mais combien connaissent son nom ? On peut admirer sa silhouette à Washington, Paris, Londres, New York, Dresde ou Copenhague, mais où est sa tombe ? On ne sait que son âge, quatorze ans, et le travail qu’elle faisait, car c’était déjà un travail, à cet âge où nos enfants vont à l’école. Dans les années 1880, elle dansait comme petit rat à l’Opéra de Paris, et ce qui fait souvent rêver nos petites filles n’était pas un rêve pour elle, pas l’âge heureux de notre jeunesse. Elle a été renvoyée après quelques années de labeur, le directeur en a eu assez de ses absences à répétition. C’est qu’elle avait un autre métier, et même deux, parce que les quelques sous gagnés à l’Opéra ne suffisaient pas à la nourrir, elle ni sa famille. Elle était modèle, elle posait pour des peintres ou des sculpteurs. Parmi eux il y avait Edgar Degas.

 

Mon avis

Je termine à l’instant ce livre. Ma première réaction a littéralement été, « …wouah… ». Je suis scotchée, bouleversée, emportée. J’ai lu ce livre en numérique et je sens que je vais aller me l’acheter bientôt pour pouvoir surligner tous les passages importants qui m’ont marqués, et je pense relire ce livre tellement il m’aura marqué.

Camille Laurens s’est ici intéressée à l’histoire de la petite danseuse de Degas, celle que l’on connait, dans cette position de repos, les mains dans le dos. Mais qui est-elle? On connaît Degas, mais pas elle… À travers de nombreuses recherches, l’auteure nous aide à y voir plus clair dans le milieu artistique de l’époque, pas toujours parfait.

J’ai été parfois un peu perdue lors des passages plutôt techniques faisant référence à la peinture, car j’avoue que je n’y connais vraiment pas grand chose… Mais au final cela ne m’a pas dérangé plus que ça. J’ai énormément aimé la façon qu’à l’auteure de nous mettre devant cette petite danseuse. Elle pointe exactement les questions que l’on pourrait se poser, en tout cas celles que moi je me suis posée. j’ai eu l’impression qu’elle me parlait directement, et je crois que c’est là toute la force de ce livre.

L’auteure a une relation particulière avec cette petite danseuse. On voit notamment à la fin, les recherches qu’elle a faite pour en savoir plus sur sa vie, la date de sa mort inconnue, son passé, et elle fait également le rapprochement avec sa vie à elle, son enfance et la danse classique qu’elle a pratiqué pendant plusieurs années avec sa soeur (comme la petite danseuse), son lien avec le modèle de Degas est fort, incassable, et c’est ça qui m’a bouleversé. Lire que cette auteure continue a aimé la danse, à appris à aimer à travers son livre, Degas, ce personnage reconnu de la peinture et de la sculpture. Pour tout vous dire, j’aurais tellement envie de rencontrer Camille Laurens pour lui parler de son livre, de danse, de l’Opéra, de Degas… n’y connaissant absolument rien à la peinture, j’ai été plus que touchée par cette découverte.

Je pratique la danse depuis 25 ans, mais je ne savais pas. Je n’aurais jamais imaginé que les danseuses de l’Opéra étaient en partie des prostituées, choisies souvent par des hommes riches et plus âgés pour occuper leurs soirées. Je ne savais pas que les parents pouvaient vendre leurs enfants de cette manière. Je ne savais pas. Cela n’enlève rien à cette passion et cette vision des danseuses de l’époque ne m’étonne même pas, et je suis même sûre qu’il se passait des choses bien pires dans la capitale.

L’auteure met côté à côté Degas et Zola (pour mon plus grand bonheur!) et l’on voit clairement que le paysage littéraire de Zola correspond parfaitement à l’ambiance artistique de Degas qui était son contemporain.

À la découverte de la sculpture, les spectateurs sont choqués. Mais si Degas a choisi de couvrir cette petite danseuse d’un tutu et de chaussons, c’est qu’en dessous… elle est nue! Scandale! Degas peut paraitre vicieux et pervers. En effet, il a choisi de peindre cette petite fille de quatorze ans nue. Nous sommes au milieu du XIXème siècle, imaginez le scandale, et même encore maintenant il y aurait un côté malsain, même si l’on parle d’art, c’est quand même une enfant.

De plus, Degas a voulu mettre cette sculpture dans une cage en verre, ce qui donne une distance avec les gens. Ils la trouvent laide.

« Et c’est bien ainsi que sera perçue Marie par tous les commentateurs, comme une prostituée en acte ou en germe, une sauteuse. »

Comment peut-on penser cela? Comment une petite danseuse de l’Opéra, devenue modèle pour Degas, peut être comparée à une prostituée?

« La nudité est voilée mais on est contraint d’y penser, les conditions mêmes de la création artistique viennent parasiter l’esprit, les tabous de la bohème et du modèle dépravé refont surface avec la honte et la haine. »

Les réactions sont dures, méchantes, odieuses. Pourtant, elle restera dans les esprits. la preuve c’est qu’elle est toujours aussi connue aujourd’hui.

 

Conclusion

Ce livre est une formidable découverte sur la petite danseuse de Degas, ses conditions de vie, sa relation avec le peintre et l’ambiance artistique du XIXè siècle. Une fabuleuse plongée dans le Paris où l’auteure réussit à immerger parfaitement le lecteur.

 

=> 5/5

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